vendredi 21 juin 2013

Yeux de pluie

Deux billes dans la grisaille d’un regard
Roulent vers l’infini d’un mur de brouillard
Comme une muraille  obstruant la vue
D’un monde lointain où l’on aurait vécu.

Ces iris s’enfuient derrière l’opaque rideau
Les paupières plissées voilent la fenêtre,
Tout se floute jusqu’à en disparaître l’être.
Dans le noir s’épargne aux souvenirs les maux
D’une vision se perdant aux plaies de sa vie.

Plus de son, plus de sang, les oreilles dévient
Le martellement d’un cœur qui cogne à vide,
Qui résonne trop fort à en trembler les rides
Se creusant au déclin d’un temps jauni.
Sur ce visage, l’instant se colore en sépia

L’histoire s’efface sous le joug de l’ennui.




Aurélie Lemoine
Aurelie Lemoine
Aurélie Lemoine est comme beaucoup, une jeune femme amoureuse des mots. Elle écrit quelques textes à tendance poétique à ses moments de loisirs. Elle a eu l’honneur de paraître dans trois recueils collectifs sous l’initiative d’Eliane Bianchi Weitmann (La plume d’Argent, La plume d’Airain et La plume de Pourpre) et dans le recueil collectif Nostalgie chez Sokrys Editions.

samedi 15 juin 2013

Nature

Nature convenue
À ta grande tranquillité
Recomposée par le péril
Ton balafon bat le feu


Yannick Monrose
Yannick Monrosé
Poète Camerounais publié aux éditions Harmattan.

vendredi 31 mai 2013

A ceux qui sont petits

Est-ce ma faute à moi si vous n'êtes pas grands ? 
Vous aimez les hiboux, les fouines, les tyrans, 
Le mistral, le simoun, l'écueil, la lune rousse ; 
Vous êtes Myrmidon que son néant courrouce ; 
Hélas ! l'envie en vous creuse son puits sans fond, 
Et je vous plains. Le plomb de votre style fond 
Et coule sur les noms que dore un peu de gloire, 
Et, tout en répandant sa triste lave noire, 
Tâche d'être cuisant et ne peut qu'être lourd. 
Tortueux, vous rampez après tout ce qui court ; 
Votre oeil furieux suit les grands aigles véloces. 
Vous reprochez leur taille et leur ombre aux colosses ; 
On dit de vous : - Pygmée essaya, mais ne put.-
Qui haïra Chéops si ce n'est Lilliput ? 
Le Parthénon vous blesse avec ses fiers pilastres ; 
Vous êtes malheureux de la beauté des astres ; 
Vous trouvez l'océan trop clair, trop noir, trop bleu ; 
Vous détestez le ciel parce qu'il montre Dieu ; 
Vous êtes mécontents que tout soit quelque chose ;
Hélas, vous n'êtes rien. Vous souffrez de la rose, 
Du cygne, du printemps pas assez pluvieux. 
Et ce qui rit vous mord. Vous êtes envieux 
De voir voler la mouche et de voir le ver luire. 
Dans votre jalousie acharnée à détruire 
Vous comprenez quiconque aime, quiconque a foi, 
Et même vous avez de la place pour moi ! 
Un brin d'herbe vous fait grincer s'il vous dépasse ; 
Vous avez pour le monde auguste, pour l'espace, 
Pour tout ce qu'on voit croître, éclairer, réchauffer, 
L'infâme embrassement qui voudrait étouffer. 
Vous avez juste autant de pitié que le glaive. 
En regardant un champ vous maudissez la sève ; 
L'arbre vous plaît à l'heure où la hache le fend ; 
Vous avez quelque chose en vous qui vous défend 
D'être bons, et la rage est votre rêverie. 
Votre âme a froid par où la nôtre est attendrie ; 
Vous avez la nausée où nous sentons l'aimant ; 
Vous êtes monstrueux tout naturellement. 
Vous grondez quand l'oiseau chante sous les grands ormes. 
Quand la fleur, près de vous qui vous sentez difformes, 
Est belle, vous croyez qu'elle le fait exprès. 
Quel souffle vous auriez si l'étoile était près !
Vous croyez qu'en brillant la lumière vous blâme ; 
Vous vous imaginez, en voyant une femme, 
Que c'est pour vous narguer qu'elle prend un amant, 
Et que le mois de mai vous verse méchamment 
Son urne de rayons et d'encens sur la tête ; 
Il vous semble qu'alors que les bois sont en fête, 
Que l'herbe est embaumée et que les prés sont doux, 
Heureux, frais, parfumés, charmants, c'est contre vous.
Vous criez : au secours ! quand le soleil se lève. 
Vous exécrez sans but, sans choix, sans fin, sans trêve,
Sans effort, par instinct, pour mentir, pour trahir ; 
Ce n'est pas un travail pour vous de tout haïr, 
Fourmis, vous abhorrez l'immensité sans peine. 
C'est votre joie impie, âcre, cynique, obscène. 
Et vous souffrez. Car rien, hélas, n'est châtié 
Autant que l'avorton, géant d'inimitié !
Si l’œil pouvait plonger sous la voûte chétive 
De votre crâne étroit qu'un instinct vil captive, 
On y verrait l'énorme horizon de la nuit ; 
Vous êtes ce qui bave, ignore, insulte et nuit ; 
La montagne du mal est dans votre âme naine.

Plus le cœur est petit, plus il y tient de haine.



Victor Hugo (1802-1885)
Extrait du recueil : toute la lyre
Texte proposé par : Louis Eprié